WAY MAGAZINE

Notre Rabbin

Chers fidèles,

L’époque de ‘Hanoucca est celle de la domination grecque.

Tout juif, grand ou petit, a entendu parler du miracle de la fiole d’huile, il y eut parallèlement un second miracle qui est la guerre gagnée par les Maccabis contre les grecs, alors que l’armée juive n’était constituée que de quelques hommes, tous issus d’une même petite famille. Les sages disent qu’à l’inverse de Pourim où les ennemis d’Israël (Aman) ont voulu tuer les juifs, à ‘Hanoucca ce sont les Maccabis qui ont décidé de se battre physiquement contre l’assimilation à la civilisation grecque.

Pourtant nous savons tous ce qu’a apporté au monde la Grèce antique, dans des domaines tels que les sciences, la philosophie, les arts, les sports et la politique. Si c’est ainsi, nous devons nous interroger sur les raisons de cette guerre ?

La torah dit : »Un poisson vivant peut même avancer à contre courant; un poisson mort ne peut avancer que dans le sens du courant ».
Voici en une phrase la réponse à notre question. Nous vivons dans un monde où les flots de la culture ambiante nous attirent vers les plaisirs immédiats, tandis que la maîtrise de soi, la retenue, sont devenus des vestiges du passé.

La plupart de ceux qui se laissent entraîner par ce courant en subissent les conséquences : des tourments affectifs, un corps fragilisé, une désintégration de la cellule familiale ou bien encore une dépression permanente. Et ce tourbillon dans lequel nous sommes littéralement happés continue ses ravages : « Ne pense pas au futur; l’essentiel est de profiter ici et maintenant ! » Malheureusement la majorité suit docilement le courant jusqu’au jour du réveil, en général douloureux… quand il est déjà trop tard.

Cependant un poisson vivant sait avancer à contre courant vers le vrai et le bien authentiques. Le rôle du juif est d’être proche de D… en permanence, d’utiliser tous les moyens pour le retrouver partout. Est ce que la philosophie ramène l’homme vers le créateur ? le scientifique qui étudie toutes les lois de la nature se sent-il proche du Tout puissant ? un homme qui fait du corps un objet de culte, pense-t’il à ce moment-là à D… ?

Le judaïsme n’a jamais revendiqué l’interdiction des sciences, mais celles-ci ne doivent pas être un but en soi, seulement un moyen. La fameuse culture grecque, qui prétendait que le corps n’était pas le support de l’âme, a généré une véritable idolâtrie. C’est à partir de cette idéologie qu’est né le sport (dont l’étymologie se rattache à la cité de Sparte) qui affirme la primauté du corps sur l’esprit et l’âme.

A l’inverse, le judaïsme ne voit dans l’effort physique qu’un moyen de conserver le corps en bonne santé ; c’est ce corps qui devra servir de support à l’âme durant les longues années de son séjour dans ce monde, afin d’aider l’homme à traverser les épreuves de la vie, et de lui permettre de construire son monde spirituel. Voilà le sens du combat des Maccabis. Et chaque année nous nous souvenons de ce message en allumant ces lumières qui font référence à l’âme, et nous proclamons durant ces huit jours  »le combat mené par nos ancêtres n’est pas achevé, à nous de prendre le relais ».

Hanoucca Samea’h !
Jonathan Sfadj
Rabbin d’Avignon